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theatre monologue : La grève générale des écrivains




Histoire possible ?

L’année désormais qualifiée « – 2 » par « le nouveau calendrier de la littérature francophone », comme chaque fois depuis des décennies, des records furent pulvérisés, celui du nombre de livres publiés à la rentrée dite « littéraire de janvier », celui du nombre de livres publiés à la rentrée dite « littéraire de septembre », et naturellement le nombre total de livres publiés.
Quelques médiatiques exultaient « quelle merveilleuse époque, il n’y a jamais eu autant de diversité... ». Ces joyeux éditeurs ou auteurs vivaient des subventions...
Dans chaque région, le Conseil Régional s’était découvert une justification culturelle : être le grand argentier du livre, par l’intermédiaire de son CRL, Centre Régional des Lettres et avec le soutien de la DRAC, Direction Régionale des Affaires Culturelles, un service du ministère de la culture et de la communication.

Naturellement, tout auteur convenablement reconnu ou soutenu par les réseaux les plus efficaces, cumulait les subventions. En plus des « aides en régions », le Centre National des Lettres apparaissait comme une fabuleuse victoire d’un système à la soviétique, avec ses commissions spécialisées par disciplines, où siégeaient naturellement des petits filous aseptisés, devenus apparatchiks choyés. Ils se cooptaient !
Des rapports de la Cour des Comptes pointaient bien le flou de l’attribution de ces subventions mais peu de journaux relayaient l’information. Nul ne semblait pouvoir faire trembler une telle une telle institution, autoproclamée gardienne du temple de LA LITTERATURE. Un coup d’état culturel incontestable.

Le politique était le véritable patron de l’écrivain. En tolérant de telles pratiques et en agitant la carotte des interventions en milieu scolaire. Gloire à Jack Lang !, instigateur de la classe à Projet Artistique et Culturel, popularisée sous l’abréviation PAC, sûrement pour mieux sous-entendre que l’intervenant se pacsait avec le politique.
Toute ville de taille dite raisonnable, participait naturellement à cette grande confiscation de la culture en proposant des « résidences d’artistes ».
Et les médias, où écrivaient la majorité des écrivains subventionnés, les médias aussi abreuvés de subventions, soutenaient cette culture.
Ces subventionnés avaient une cible favorite : les auteurs de best-sellers, forcément vendus au système... alors qu’eux, eux oui, étaient l’intégrité même ! Et ce genre de sophisme trouvait oreilles !

Les éditeurs vivaient une époque formidable : le fait d’être publié ouvrant les vannes financières officielles, ils pouvaient verser des droits d’auteur à minima... tout en bénéficiant aussi de subventions !... Ils étaient tellement indispensables à ces auteurs en quête de reconnaissance !... et les écrivains se battaient pour « être éligibles », appartenir à ces grandes écuries.
Après, naturellement, le véritable travail du vénérable privilégié dont le nom est sur la couverture, consistait à choisir et entretenir des relations.

Forcément, pour la majorité de ces édités, les droits d’auteur n’atteignaient parfois même pas les cent soixante-quinze euros symboliques et le seul article restait celui du quotidien départemental... un bon article... le plus souvent parce qu’ils l’avaient écrit. Deux mois plus tard, plus personne n’avait le cynisme de questionner ces écrivains sur « l’accueil général réservé à leur dernier bébé ».
Une déclaration de Guillaume Durand au Figaro, servaient d’explication à certains : « il n’y a pas de public aujourd’hui pour une émission purement littéraire, sinon on ferait 3% d’audience ».
Ces écrivains prompts à vilipender la télévision ajoutaient, « 3% d’audience, même à 22h45, ça m’aurait suffi pour faire démarrer ce livre, et après, nul doute, que tel La première gorgée de bière de l’autre, aujourd’hui je pourrais arrêter ce travail absurde qui m’empêche de me consacrer pleinement à ma vocation ».
Ces écrivains subventionnés étaient naturellement « écrivains par vocation ».

Puis il y eut la grève. Un obscur, un type n’ayant même jamais publié chez « un vrai éditeur », comme le microcosme littéraire s’exprimait alors, un type indépendant, un travailleur indépendant, un auto-édité.
Un dangereux révolutionnaire ! Même pas un syndicaliste. Un rationnel comme il s’est décrit.

Il n’en était pas à son coup d’essai, ce Ternoise, puisque quelques années plus tôt, c’est au compte d’auteur qu’il s’était attaqué.
Le compte d’auteur était alors la solution conseillée aux auteurs refusés par les éditeurs, éditeurs disons « classiques ».
Le compte d’auteur, c’était : pouvoir publier avec le nom d’un éditeur sur son livre... mais un éditeur qui facturait l’impression du livre et une kyrielle de frais annexes.
Pauvres plumés !... quelques-uns sont rentrés dans leurs frais en vendant l’intégralité des livres imprimés. Certains n’avaient même pas cette possibilité : pour le prix d’une voiture ils recevaient cinq ou dix livres !
Quant à notre travailleur indépendant, il vivait d’une autre voie : l’auto-édition. Il était son propre éditeur. Naturellement, les notables des lettres avaient facilement réussi à faire assimiler cette pratique à « une forme de compte d’auteur où grouillent des auteurs sans valeur puisque non reconnus par un véritable éditeur ».
Le mépris n’éclaboussant que ceux qui commettent l’erreur de vivre près de ces gens au mépris en guise d’intelligence, notre travailleur indépendant traça sa route. Après quelques slogans infructueux comme « l’auto-édition est l’avenir de l’édition », il avait eu l’idée de rapprocher littérature et boulangerie. Le pain et les bouquins.
« Alors que le monde du pain a su clarifier la situation en exigeant de toute boulangerie des pratiques dignes de ce nom, le monde de l’édition laisse des arnaqueurs s’affubler du terme d’éditeur, qui devrait être honorable. Et ainsi les plus jeunes tombent dans un piège où ils perdent leurs illusions et même leur envie d’écrire ».
Ce court paragraphe, publié à la une du site internet www.auto-edition.com, fut consulté par le ministre de la culture... alors en quête de bonnes idées !... Cette logique le charma, et quelques mois plus tard, à l’unanimité, le parlement votait une loi promulguée sous le nom de Ternoise... quart d’heure de gloire du travailleur indépendant !

En cette année qualifiée –2, c’est avec la prostitution qu’il rapprocha l’édition. La prostitution où les prostituées étaient parvenues à se libérer de l’emprise des macs alors que l’écrivain restait le parent pauvre de l’édition, se contentant de miettes quand d’autres s’engraissaient.
Le recours à Georges Simenon fut apprécié. Le Georges Simenon déclarant : « Je déteste que l'écrivain soit frustré d'une grosse partie de son travail et du fruit de son travail par des gens qui gagnent beaucoup plus que lui-même. Vous connaissez beaucoup d'éditeurs qui ont des châteaux, des hôtels particuliers etc ; voulez-vous compter sur les doigts le nombre d'écrivains qui en ont ? »
Et sa petite logique a convaincu : seulement 400 romans à la rentrée de septembre.
Les éditeurs, les libraires, se voulurent optimistes et répandaient dans les médias le raisonnement d’une de leurs sommités : « les mauvais se sont effacés. Cette année les livres publiés trouveront leur public, ne seront plus parasités par ces quelques ingrats envers leur éditeur, éditeur qui avait eu la bonté de miser sur eux en sachant qu’il leur faudrait sûrement dix livres avant de devenir véritablement écrivains ».

« Auto-édition piège à cons » fut leur hymne. Quelques semaines ils pavoisèrent sur les plateaux de télévision. Ternoise accepta le débat.
Il avait naturellement préparé sa répartie : « un slogan n’est jamais neutre. Celui-là se réfère à élections piège à cons. On sait qu’un pays sans élection est une dictature. Ce modèle est peut-être le vôtre ! Mais ma préférence va à la démocratie, à la liberté d’entreprendre. Le débat existerait si vous le situiez au niveau de l’écrivain, du plus que vous lui apportez.
Votre plus aujourd’hui, ce n’est que dans la diffusion, et uniquement parce que vous tenez les canaux de diffusion, les distributeurs, cette porte d’accès aux librairie et aux rayons des grandes surfaces. Vous usez et abusez de cette distorsion de concurrence. Alors vos slogans, merci, gardez-les pour vos dîners mondains ».
Audience du débat surmultipliée grâce à internet et les quelques trois cents écrivains lancés dans l’aventure active du boycott.
« Quitte à ne pas vivre de sa plume, que personne n’en vive ». Les écrivains découvraient qu’ils gagnaient plus en présentant gratuitement des textes sur leur site internet qu’avant, avec les sacro-saints droits d’auteur. Ils touchaient ainsi des « revenus dérivés », issus de la publicité sur les sites.

Et l’année suivante, alors que les éditeurs s’attendaient à un retour des ces entêtés internétés comme ils les appelaient... ce fut la catastrophe générale, les plus faux-culs justifiant leur non remise de manuscrit par une difficulté à placer le point final.
Même quelques auteurs de best-sellers firent l’impasse sur cette année-là. En solidarité !

Les éditeurs créèrent un comité, réclamèrent des subventions naturellement obtenues. Mais la vérité fleurissait sur les sites internet. Et il suffisait qu’un des écrivains inféodés, signe un article du genre « ne laissons pas des aventuriers détruire le monde de l’édition » pour qu’un appel au boycott le contraigne à reconnaître avoir pondu ce texte sous diverses amicales pressions.

Les auteurs se plaçaient enfin au centre du monde littéraire. Et le grand public se mit à acheter directement aux auteurs via leur site. L’écrivain se libérait de l’emprise des intermédiaires, il écrivait, il éditait, parfois uniquement en version numérique, le plus souvent encore fournissait « un vrai livre imprimé sur du vrai papier par un vrai imprimeur ».

Désormais la qualité d’auteur-éditeur est quasiment synonyme de celle d’écrivain. Les textes ne sont pas forcément meilleurs mais au moins quand l’auteur vend des livres ou captive des internautes, il vit de sa plume.
Ironie de l’histoire : ce Ternoise ne publie plus ! Mais une indiscrétion nous permet d’affirmer que sa fille présentera en mars son premier roman.



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Elle a repris l'appartement, à Douai, de l'auteur alors inconnu : Marjorie Kelly venait d'Irlande, enseignait en France, presque en face de l'appartement : Marjorie Kelly
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Commentaires ouverts en juin 2014:

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